La semaine économique française a été marquée par un constat inquiétant : la progression continue des défaillances d’entreprises, qui atteint désormais des sommets inconnus depuis la crise des subprimes. D’après les chiffres publiés par le cabinet Altares, près de 70 000 entreprises ont fait faillite en 2025, soit une hausse de 3 % sur un an, tendance qui s’est accentuée début 2026 avec un bond de 6,4 % au premier trimestre.
L’accélération des défaillances, entamée avec la sortie progressive des dispositifs d’aide post-Covid en 2022, interroge d’autant plus que la croissance française, bien que modeste (environ 1 % par an), ne traduit pas une situation de récession généralisée. Les aides de l’État et la croissance amorphe ne permettent donc pas à elles seules d’expliquer cette vague, pas plus que la poussée récente sur les prix de l’énergie, largement amortie par les interventions publiques. Deux facteurs structurels apparaissent alors comme déterminants : l’environnement monétaire et la concurrence internationale, plus spécifiquement celle de la Chine.
La mutation soudaine du cadre monétaire constitue le premier choc. Après avoir évolué en territoire quasi nul, voire négatif, jusqu’au début de 2022, l’OAT 10 ans française s’est hissée vers 4 %, marquant la fin d’une décennie d’argent abondant et quasiment gratuit. Cette remontée s’est répercutée immédiatement sur le coût du crédit, affectant durement les secteurs les plus sensibles au levier financier, comme l’immobilier et la construction, engendrant une multiplication des défaillances parmi les petites structures. Cette situation met en lumière la fragilité inhérente au tissu productif français, souvent très dépendant du financement bancaire à court terme.
Ce contexte révèle à nouveau les limites du modèle bancaire actuel : la valeur de l’endettement a changé de nature, passant d’un outil de croissance à un facteur de risque quand la remontée des taux s’associe à une faible croissance. De plus, le déséquilibre croissant entre épargne et investissement, aggravé par la nécessité de financer les déficits publics, pousse la rémunération du risque à la hausse, posant des défis supplémentaires pour la sécurisation de l’épargne et la constitution de fonds propres solides pour les entreprises.
La pression internationale, alimentée par une concurrence chinoise de plus en plus féroce, accentue cette vulnérabilité. De nombreux secteurs – textile, ameublement, acier – accumulent non seulement les dépôts de bilan, mais voient aussi s’aggraver leur déficit commercial bilatéral avec la Chine. Au-delà de cas particuliers, cela traduit une difficulté systémique à s’adapter à la mondialisation numérique, où la distribution en ligne d’importations à bas coût fragilise le commerce local. Les options de riposte, entre protectionnisme inefficace et recherche de réciprocité en matière de subventions, témoignent des incertitudes pour les décideurs en matière de politique industrielle et commerciale.
Dans cet environnement de volatilité accrue, la question de la matérialisation du capital retrouve une acuité singulière : la hausse du coût du crédit et l’instabilité des marchés peuvent inciter entreprises et particuliers à reconsidérer les stratégies de sécurisation du patrimoine, notamment via une diversification plus large, intégrant des actifs tangibles tels que l’immobilier, les métaux précieux ou certaines collections. L’incertitude sur l’évolution des taux, sur fond de risques géopolitiques et de déséquilibres structurels, pourrait rendre ces tendances plus marquées, alors même que le débat sur l’allocation optimale de l’épargne s’invite de façon plus régulière dans les cercles économiques.
A l’heure où la normalisation monétaire bouleverse les repères établis de la décennie écoulée, la capacité du tissu économique à absorber le choc et à se réinventer, aussi bien dans le financement de son activité que dans la protection de son capital, apparaît comme un enjeu central pour les prochains trimestres.
